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[Interview écrite] Retour d’expérience sur la vidéo pédagogique avec Didier Lopez

Interview réalisée par Catherine Nguyen (Ingénieure pédagogique – SUN) en novembre 2016.

photo-didier-lopezDidier Lopez est ingénieur d’études au Service de Formation Continue de l’Université de Montpellier (SFC-UM). Il est chargé de coordonner le Diplôme d’Accès aux Etudes Universitaires, option sciences – le DAEU B.

Le DAEU B est un diplôme d’Etat qui est mis à disposition des publics demandeurs d’emploi et salariés qui n’ont pas le bac et qui souhaitent obtenir ce diplôme, il confère les mêmes droits que ceux qui s’attachent au succès du baccalauréat. C’est en quelque sorte un équivalent du baccalauréat scientifique. Le DAEUB leur permet de candidater pour suivre des études dans l’enseignement supérieur (DUT, BTS Licence), également de passer des concours de niveau Bac et d’entrée dans les instituts de formation post-Bac. 

Ce diplôme de l’Université de Montpellier est géré intégralement par le SFC-UM. Il compte chaque année plus de 100 stagiaires inscrits.

 

 

C.N. : Quel est votre usage des vidéos dans l’enseignement ?

D.L. : On a plusieurs groupes de stagiaires de la formation continue qui passent le DAEU B dans des localisations différentes de l’Université : Nîmes, Béziers, Montpellier. Ce sont des cours en face-à-face pédagogique ; les publics sont des demandeurs d’emplois et salariés qui ont interrompu leurs études depuis plusieurs années.

Il y a quelques années, suite à une étude que nous avons réalisée sur les territoires de Ganges, le Vigan, Clermont-l’Hérault et Lodève, on a conçu un dispositif de formation qui permet aux personnes qui vivent sur ces territoires de suivre le DAEU, sans venir tous les jours à Montpellier.

Pour cela on a mis en place un partenariat avec un organisme de formation qui est présent sur ces territoires, la SCIC-IFAD. Ainsi, une partie de la formation est donc suivie à Montpellier un jour par semaine et d’autres modules peuvent être suivis sur les sites locaux.

On a ensuite utilisé les services de l’Université en terme de production et de captation de films : puisqu’il y avait des cours qui se faisaient sur Montpellier, on allait capter ces cours puis expérimenter la mise à disposition des supports de cours en complément des temps de formation sur Ganges et Lodève.

C.N. : Pourquoi avoir choisi la vidéo comme média pédagogique ?

D.L. : C’est un outil comme un autre pour enrichir la formation. Certains parlent de formation hybride.

On a testé plusieurs approches, la visioconférence entre autres, mais on s’est rendu compte qu’il n’y avait pas d’interactivité réelle.

On a alors testé les cours où des vidéos étaient mises à disposition des formateurs qui allaient les prescrire aux publics en temps voulu.

La captation est brute avec un montage minimal, avec parfois un chapitrage. L’idée était d’enrichir la formation en mutualisant les ressources pédagogiques entre les différents sites.

Le public avait à gagner à revenir sur le cours : la vidéo permet aux stagiaires de suivre le cours à leur rythme et leur permet de revenir sur un point qu’ils n’ont pas compris.
On a testé sur un petit groupe et très rapidement on s’est rendu compte qu’il s’agissait d’un dispositif qu’on pouvait mettre à disposition de tous les stagiaires.

DAEUB-wordcloud

C.N. : Etes-vous autonome dans la production de vos vidéos ?

D.L. : On a fait appel au Service des Usages du Numérique.

On a également un enseignant qui produit ses propres vidéos, des captures d’écran avec des diaporamas dynamiques. Il est autonome… jusqu’à un certain point. Il fait ensuite appel aux services de l’Université dans le montage terminal et la mise en ligne.

C.N. : Vos apprenants trouvent-ils l’apprentissage plus efficace ?

D.L. : Oui, nous avons des retours plutôt positifs… pour ceux qui se l’approprient bien entendu.
Il s’agit, pour la plupart, d’un complément de cours où il est possible de s’arrêter sur un point, revenir en arrière, assimiler les éléments à son rythme, d’approfondir les apprentissages. C’est en particulier utile pour les révisions.

C.N. : A votre avis, un ensemble de vidéos pédagogiques peut-elle se substituer à un enseignement classique en présentiel ?

D.L. : Je ne pense pas. En tout cas pas pour notre public.

Après tout dépend du type du cours.

Je pense que l’interaction en temps réel est primordiale dans l’acquisition. Nous avons des publics qui ne sont pas forcément autonomes. Le rapport à l’acquisition des connaissances n’est pas simple.

Le face-à-face pédagogique est essentiel, primordial et indispensable ; les vidéos viennent comme des compléments qui vont enrichir la formation : la personne va pouvoir revenir sur une trace dont elle n’a pas tout capté mais qui va lui permettre de mieux s’approprier l’information dès lors que l’information est mise à sa disposition.
Mais mettre à disposition des vidéos ne suffit pas.
Il faut qu’il y ait prescription et accompagnement. L’enseignant fait le cours puis donne le lien vers l’ENT, Moodle, pour pouvoir visionner les vidéos pour la prochaine fois, préparer les questions en amont…

Quand bien même la vidéo est un matériau animé, il n’y a pas interaction. Comment le public accueille-t-il l’information ? La vidéo ne remplace pas l’enseignant qui sera capable de ressentir ce qui se passe dans la classe, par un regard, par l’interaction directe avec le public.

C’est en tout cas ce qui se passe pour ce public.

Dans d’autres dispositifs de formations, pour des objectifs spécifiques, où il y a déjà eu un entraînement en amont et où on propose différents canaux de communication, ce type de formation qui utilise seulement la vidéo peut probablement fonctionner, il faut expérimenter.

Pour en savoir plus sur le DAEU B : http://www.creufop.univ-montp2.fr/accueil/daeu-b