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[Article] Badgeons le But : projet pilote à l’IUT Montpellier pour mettre en place un écosystème Open Badges   

Notre équipe d’ingénieurs pédagogique a accompagné l’équipe pédagogique du département informatique de l’IUT de Montpellier-Sète, Anita Messaoui, Agnès Mazars Chapelon et Antoine Chollet, dans le cadre de l’appel à projet CNUMF (lien pour aller plus loin). Le projet « Badgeons le BUT » a pour objectif de proposer des badges aux étudiants. La réforme du Bachelor Universitaire de Technologie (BUT), mise en œuvre en 2021, introduit une nouvelle manière d’articuler les enseignements de spécialité informatique autour de six compétences métiers, dans le cadre de la mise en place de l’approche par compétences (APC). Plusieurs définitions de la notion de « compétence » se trouvent dans la littérature. Jacques Tardif propose une définition, selon lui, il s’agit « d’un savoir-agir complexe prenant appui sur la mobilisation et la combinaison efficace d’une variété de ressources internes (savoirs, savoir-faire, savoir-être…) et externes (prises dans l’environnement) à l’intérieur d’une famille de situations ». Néanmoins, il existe différentes définitions d’une compétence, et il ne s’agit pas de trouver une formulation élégante (Escrig, 2019), mais d’un vrai questionnement théorique lors de la mise en place de l’APC.

La compétence « travailler dans une équipe informatique », compétence concernée par le projet, mobilise plusieurs champs disciplinaires, dont la communication et la gestion. La validation des apprentissages critiques qui la composent repose sur des situations d’apprentissage et d’évaluation (SAé) qui sont à construire en équipe pluridisciplinaire. L’équipe pédagogique a émis l’hypothèse que le système de badges peut présenter une solution pertinente pour la validation progressive des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être sur lesquels s’appuie la compétence. Ce projet s’inscrit pleinement dans la volonté de l’Université d’avancer dans la mise en place de l’approches par compétences. Depuis la loi ESR1 (2013), suivie par la loi sur la formation professionnelle en 2014 et la loi ORE2 en 2018, la question des compétences est devenue centrale au sein des universités (Cieply & Grand, 2019). Ainsi, les badges / open badges complètent les outils pédagogiques proposés par l’Université de Montpellier, à savoir l’eportfolio Karuta, Mahara, le PEC (Portefeuille d’Expériences et de Compétences) ainsi que l’application Challenge Me (évaluation par les pairs).  

Le projet mené par l’équipe pédagogique n’utilise pas les badges disponibles dans Moodle, mais des open badges, via la plateforme open badge factory. Pour connaître la différence entre les deux systèmes de badges, nous vous invitions à lire notre article « Les Badges via Moodle : Un outil pour évaluer et valoriser les compétences (Newsletter PédagoN’UM, février 2021) ». Contrairement à d’autres utilisations déjà possibles, l’équipe pédagogique utilise les badges non pas comme un élément de jeu mais comme une reconnaissance d’une compétence, d’une implication de la part des étudiants.  

La première partie de notre article vous présente les usages pédagogiques possibles des open badges. Dans un deuxième temps, nous esquissons la situation de départ, les tâches qui ont dû être effectuées, ainsi que les actions mises en place. La dernière partie de l’article discute les résultats obtenus et pose la question des retombées du badge : pour les étudiants et / ou l’équipe pédagogique. Nous prenons comme point d’ancrage les travaux proposés par Maserati et al. (2022), qui ont pu démontrer les retombées positives pour tous les acteurs concernés.  

Proposer des badges dans le cadre de l’approches par compétences (APC) nécessite une réflexion préalable. Comment utiliser l’outil et pour quels objectifs pédagogiques ? La question du comment renvoie à des réflexions d’ordre organisationnel : qui peut créer des badges ? qui peut les émettre ? comment suivre l’endossement ? La question concernant les objectifs pédagogiques, s’inscrit bien entendu dans la réflexion sur l’alignement pédagogique (Biggs, 1996), mais également et d’une manière plus large à la question de la reconnaissance et de la valorisation.  

La grille de lecture proposée par Ravet en 2017, le plan de la reconnaissance (voir schéma ci-dessous), semble un outil intéressant pour approfondir cette réflexion. Selon ce plan, les badges peuvent être placé sur deux axes, et ainsi dans quatre quadrants. Le premier axe est appelé l’axe formel / informel, le deuxième axe est l’axe traditionnel. Ainsi, plusieurs possibilités s’offrent à l’utilisateurs, mais selon Ravet, l’approche choisie par les universités se situe davantage sur l’axe formel et plus précisément dans le quadrant « normatif » dans lequel l’institution est le garant de la conformité, en l’occurrence la validation d’une compétence, d’un connaissance, etc . et non pas sur l’axe « non-formel ». Même si dans ce cas de figure nous nous éloignons du projet initial des open badges qui voulait déplacer le pouvoir de la reconnaissance des institutions vers les apprenants. Mais bien entendu, cela n’est qu’une lecture possible du dispositif, et en aucun cas cet article ne tente de restreindre son utilisation.  

Figure 1 : Le plan de la reconnaissance, Ravet 2017 

 

 

L’équipe travaillant sur le projet est une équipe pluridisciplinaire et se compose de l’équipe pédagogique de l’IUT, d’un réalisateur audiovisuel et motion designer, ainsi qu’une ingénieure pédagogique du SUN. Le projet se déroule en quatre phases. S’agissant d’un projet pilote, nous vous proposons tout au long de ce paragraphe des points de vigilance.   

Phase 1 : Concevoir le référentiel de compétences et définir des badges 

L’équipe pédagogique a, dans un premier temps, établi le référentiel et réfléchi aux différents niveaux qu’elle souhaite badger. Lors de cette phase, une concertation avec toutes les disciplines concernées était menée pour définir les savoirs, savoir-faire et savoir-être correspondant aux badges. Il fallait déterminer le nom du badge, le savoir validé ainsi que les critères d’attribution. Cette réflexion, représentée sur le document ci-après, a évolué dans le temps.  

Figure 2 : Extrait document de travail « Badgeons le BUT » 

Prévoyez un temps de concertation au démarrage de votre projet, la mise en place du référentiel prend du temps et conditionnera l’attribution des badges.  

Phase 2 : Créer des badges et les intégrer dans les progressions pédagogiques disciplinaires 

Le travail de réflexion mené lors de la première phase, doit maintenant être représenté via les badges. Comme le souligne Serge Ravet (Ravet, 2017), ce qui rend le badge particulièrement attrayant est la combinaison de la simplicité du medium (une image) avec la richesse informationnelle qu’il véhicule (les métadonnées). Cependant, la création du medium demande un travail important, le badge doit véhiculer plusieurs informations : qui l’émet ? qu’est-ce qui est badgé … une compétence, une connaissance ou des soft skills ? ….  

Au-delà du contenu, la charte graphique de l’Université doit être respectée. L’exemple du badge ci-après montre la complexité des informations à retranscrire.  

 

 

 

 

 

 

 

 

Ne négligez pas l’étape de la création du badge ! Respectez la charte graphique pour l’image et retranscrivez votre scénario pédagogique dans les métadonnées du badge.  

 Phase 3 : Attribuer les badges et promouvoir une dynamique de reconnaissance 

L’attribution des badges étaient initialement prévue tout au long de l’année, mais la mise en place du projet s’avérait plus difficile que prévue, ainsi cette phase a pris du retard. C’est un élément important à prendre en compte dans le scénario pédagogique, car cela pourrait avoir un impact sur la motivation des apprenants.  

L’émission des badges se fait via l’outil open badge factory. L’interface permet aux émetteurs de délivrer les badges, mais également de les créer et de consulter les rapports et de faire des relances lorsque les badges n’ont pas encore été acceptés par les étudiants. 

Le département informatique a pu créer et délivrer 10 badges pendant la première phase du projet, avec plus de 226 bénéficiaires.  

Comme nous l’avons indiqué précédemment, il s’agit un projet pluriannuel. Cependant, au bout d’un an, nous sommes en mesure de vous présenter un bilan intermédiaire.  

Même si la mise en place du projet a pris plus de temps que prévu, le bilan intermédiaire est plutôt positif. Les étudiants sont allés au bout de la démarche en acceptant les badges attribués.  

Le projet a également permis de travailler en étroite collaboration entre équipe pédagogique, le réalisateur ainsi que l’ingénieur pédagogique. Nous rejoignons ici le constat fait par Maserati et al. (2022).   

Le projet a également montré quelques difficultés, pour lesquelles nous n’avons pas encore trouvé une solution. Notamment la difficulté en ce qui concerne le stockage. L’utilisateur peut stocker ses badges mais il ne peut les émettre depuis son sac à badges, ce dernier doit être créé par l’étudiant sur une application de type Open Passport.   Quant à la valorisation des badges, l’étudiant a la possibilité de les intégrer sur un profil d’un réseau social professionnel, tel que LinkedIn par exemple.  

L’évaluation entre pairs s’avère également difficile. D’autres outils seront plus adaptés à cet usage pédagogique.  

Malgré ces quelques difficultés, les badges semblent un outil intéressant, ainsi, l’Université a acheté une licence établissement d’open badge factory. Pour plus d’informations concernant la licence et les modalités utilisations, n’hésitez pas à contacter notre équipe : moodle-assistance@umontpellier.fr  

 Biggs, J. (1996). Enhancing teaching through constructive alignment.High Educ 32, 347–364 (1996). https://doi.org/10.1007/BF00138871 

Cieply, S., & Grand, I. (2019). Quels usages pour les Open Badges dans l’enseignement supérieur ? Analyse de la diffusion d’une innovation à l’IAE Caen. Management & Avenir, N° 113(7), 15–38. https://doi.org/10.3917/mav.113.0015 

Escrig B. (2019). De la méconnaissance du concept de compétence. Questions de Pédagogies dans l’Enseignement Supérieur, ENSTA Bretagne, IMT-A, UBO, Jun 2019, Brest, France. hal-02290509f 

Maserati, C., Millot, P., & Torrealba-Ortigoza, A. (2022). « B2 or not B2 » ou la mise en place de badges numériques pour attester des compétences en anglais de spécialité. Recherche et Pratiques Pédagogiques En Langues de Spécialité – Cahiers de l APLIUT, 41(Vol. 41 N°1). https://doi.org/10.4000/apliut.9674 

Ravet, S. (2017). Réflexions sur la genèse des Open Badges. Distances et Médiations Des Savoirs, 2017(20), 0–18. https://doi.org/10.4000/dms.2043 

Roegiers, X., Miled, M., Ratziu, I., Letor, C., Étienne, R., Hubert, G., Dali, M. (2012). Quelles réformes pédagogiques pour l’enseignement supérieur: Placer l’efficacité au service de l’humanisme. De Boeck Supérieur. https://doi-org.ezpum.scdi-montpellier.fr/10.3917/dbu.roegi.2012.01 

Tardif, J. (2016). L’approche par compétences dans la formation universitaire : du rêve à la réalité, de l’intention initiale aux retombées concrètes pour les étudiants. http://idea.univ-paris-est.fr/fr/seminaire-competences-du-27-juin-2016/document-2740.html